Acheter DES VIES ET DES GUERRES (1919-1946) Le livre DES VIES ET DES GUERRES (1919-1946) Acheter DES VIES ET DES GUERRES (1919-1946) Le livre DES VIES ET DES GUERRES (1919-1946)

 
 

  Mémoires d’Evariste CASTELLS-ARANDIGA (1913-2005)

 

 

Les témoignages et les anecdotes ont été recueillis " tels quels " et remis dans leur contexte quand cela était possible. Quelques points obscurs de ces témoignages ont été difficilement datables ; cela dit, ces témoignages ont été classés en sept périodes chronologiques de sa vie jusqu'à la libération de la Provence par les Alliés en août 1944. 

(Evariste CASTELLS-ARANDIGA, fin 2004)


Evariste Castells-Arandiga est né le 22 décembre 1913 à Villanueva de Castellon (Province de Valencia) en Espagne. Son père, Daniel, Francisco Castells-Escuriet (1869-1957) exerçait les professions de garde-canal et de laboureur. Sa mère, Sabine Arandiga-Alandès (1872-1958) était femme au foyer. Evariste était le petit dernier d'une famille de six enfants (3 garçons et 3 filles). Les " Castells " et l'arrière grand-père d'Evariste, José, étaient originaires d'une petite commune nommée Vallada. Mais c'est vers la fin du XIXe siècle que son aïeul vient s'installer à Villanueva de Castellon pour y travailler et y fonder une famille. 

(Parents d'Evariste Castells-Arandiga)

 

I- ENFANCE AVANT LA GUERRE

Evariste Castells-Arandiga n'avait que quatre ans et se rappelait vaguement qu'un de ses frères fut retrouvé mort dans son lit à l'âge de 18 ans et que son oiseau de compagnie - qu'il avait en cage dans sa chambre - avait été retrouvé mort aussi le matin même à l'instar de son jeune maître.

(Evariste en communiant)

Evariste fut élevé par des parents attentionnés, de confession catholique. Il fut baptisé et fit même sa communion. Bien que son père était déjà fort âgé (il avait 44 ans à la naissance d'Evariste), celui-ci lui avait donné déjà très tôt le goût du travail et de l'effort : "On n'a rien sans rien" aurait pu être son adage. Et c'est vers l'âge de 10 ans environ qu'il partit, à travers les champs de Villanueva de Castellon, pour nettoyer les canaux d'irrigation, taillait les oliviers et les orangers. Il gagnait 6 pesetas par jour tandis qu'un ouvrier agricole gagnait environ 5 pesetas par jour à l'époque. En général, les ouvriers agricoles étaient choisis le matin même pour travailler à la journée. Les plus motivés et les plus costauds étaient facilement retenus par les patrons. Ils ne restaient alors plus qu'aux autres à rentrer chez eux pour tenter de se représenter le lendemain sur la place du village, lieu de recrutement.

Dès le 2 août 1934, Evariste se rend à la 3ème division d'Alcira pour accomplir ses obligations militaires - n° de matricule : 3418569. Il est laboureur, sait lire et écrire et devient simple soldat. Il mesure 1,67 m. On procède même aux relevés des empreintes digitales de sa main droite comme l'exige l'art. 262 du régiment.

 

 

(Livret militaire d’Evariste)

 La vie politique à Madrid et ses soubresauts n'avait semble-t-il pas trop marquée les esprits de la famille, plus préoccupés par les soucis du quotidien. On se contentait de ce que l'on avait et on partageait les plaisirs journaliers. Evariste adhéra quand même à partir du 14 août 1934 au P.S.O.E (Section de Villanueva de Castellon - V - Espagne) et ses idées étaient déjà socialistes bien avant l'heure.

 

 (Carte d’affiliation au Parti Socialiste Ouvrier Espagnol en 1934)

(photo de 1936)

 

Il était résolument un inconditionnel du sport surtout du football. Il le pratiquait, avec ses camarades du village, souvent le jour de repos : le dimanche. Il vénérait vraiment ce sport. Lorsqu'il était seul il faisait plus de cyclisme.

(photo en 1931)

(Evariste avant 1936)

C'était donc encore le temps des jours heureux où la jeunesse s'amusait dans les fêtes du village ; où l'on chantait - "à l'Espagnol" sur la piste de danse pour séduire les filles du village - "La Paloma" comme Evariste savait si bien le faire. On n'était encore loin de la guerre et personne n'osait penser qu'elle viendrait troubler la quiétude des jeunes du village. La République était proclamée depuis 1931. Elle en était à ses débuts bien encore maladroite, certes, dans son apprentissage démocratique. Mais elle regardait au-delà des pyrénées son modèle de grande soeur et rien ne laissait présager que le pire était à venir... 

II- LA GUERRE CIVILE (1936-1939)

Nous ne reviendrons pas, en détail, sur le contexte de cette guerre qui fut la conséquence de malaises sociaux, économiques, culturels et politiques qui accablaient l'Espagne depuis plusieurs générations. Le soulèvement militaire et civil du camp franquiste éclate au mois de juillet 1936, le 17. Les Républicains vont avoir à faire face à ce soulèvement Nationaliste et sur les territoires qu'ils contrôlent à une "Révolution sociale" qui aboutit à la collectivisation des terres et des usines.

 

 

(Drapeau de la République Espagnole de 1931 à 1939)

Au village d'Evariste Castells-Arandiga, les partants pour l'armée - loyale à la République - étaient d'abord tirés au sort. Le plus petit chiffre partait (Tout dépendait les départs et la demande qui devaient se faire au niveau des jeunes du village...).

 

(Daniel Castells-Arandiga vers 1936)

 

Tout d'abord, son frère, Daniel (1905-1941), fut volontaire pour faire la guerre dans le camp des Républicains. Il partit à Madrid avec des jeunes du village mais fut réformé à cause de ses pieds plats. Il revint dépité au village où il reprend son activité initiale au sein du "comité exécutif populaire". C'est alors qu'Evariste, âgé de presque 23 ans, décida de s'enrôler à son tour et de reprendre l'uniforme qu'il avait déjà porté en août 1934. Son frère devint donc soutien de famille car leur père commençait à être âgé.

 

(Photo d’Evariste Castells-Arandiga prise sur le front à Madrid)

 

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Espagne_guerre_aout.png)

A Madrid, au mois d'août, Evariste fut affecté dans l'armée de terre (la 44ème brigade mixte) au " Pardo ". Son unité dépendait du capitaine Amedo Hueso et du lieutenant Montolio. Le régiment tout entier y fut cantonné. Des tranchées l'entouraient. Il devait tenir une des portes celles dite " El rio mancena ". Le point le plus avancé fut un mirador où se tenait un garde qui fut relevé régulièrement. La distance du Pardo au mirador, en lisière de bois, était d'environ 350 mètres. Celui-ci, poste avancé, était quasiment isolé. La faction était régulièrement à l'épreuve de tension nerveuse. En effet, en pleine nuit, le garde ne pouvait distinguer l'ennemi de sa relève. Pour cause, l'ennemi parlait aussi espagnol.

Evariste et un de ses camarades, au cours d'une relève, s'étaient retrouvés dans les lignes franquistes en pleine nuit. Il l'avait compris lorsqu'ils avaient entendu des Marocains parler. Evariste proposa à son capitaine un système fort simple et ingénieux qui permettait de mettre la vigie et la relève en confiance. Tout se jouait avec un " fil d'Ariane " tendu entre le Mirador et le point le plus avancé de la première tranchée au " Pardo " et tenu par les Républicains. Aux extrémités du fil, deux boites de conserves avec deux cailloux à l'intérieur de chacune d'elles permettaient de lancer le signal à la vigie pour la relever.

Une entrée principale menait à l'intérieur du " Pardo " et les Franquistes gagnaient de plus en plus sur les positions Républicaines. C'est alors que le capitaine de la garnison républicaine reçut dans un premier temps l'ordre de faire sortir ses troupes par le portail principal pour repousser l'offensive et éviter l'encerclement. Mais des tireurs isolés restaient embusqués et faisaient un véritable massacre ; les trois-quarts des combattants républicains tombaient au combat.

Au cours de ces dures journées, le commandant du régiment confia à Evariste - estafette de circonstance - un ordre de repli. Celui-ci avait pour but d'ordonner à son capitaine d'unité et à ses hommes d'abandonner provisoirement le terrain. Et c'est lors de cette délicate mission sous les tirs de l'ennemi qu'Evariste fut blessé à l'avant-bras gauche par un éclat d'obus. Il fut évacué vers l'arrière et eut droit à quelques jours de convalescence et de permission dans son village de Villanueva-de-Castellon.

Au sein du village, le recrutement des hommes pour la Guardia de asalto s'effectuait. Toute sa classe d'âge était dans l'armée. Evariste en comprit aussitôt l'enjeu. Il se porta alors volontaire. Mais comme il se savait un peu trop âgé (d'un an) et trop petit ; il tenta quand même sa chance. Avec culot, il se fit donc faire une fausse déclaration et se fit "rajeunir d'un an" en allant demander au siège du parti socialiste local une attestation. De plus, comme il n'avait pas la taille minimale requise, à quelques centimètres près ; il fut recalé une première fois aux tests de sélection médicale et dut se présenter une nouvelle fois avec astuce pour être retenu. Après une grosse inspiration qui lui fit gagner les centimètres auparavant manquant, l'officier-recruteur l'engagea ; ce qui lui valut de ne pas retourner au front à Madrid et de ne pas rejoindre son unité. Il savait ainsi qu'il intégrerait maintenant la guardia de asalto car ses pertes étaient considérables à cause des soulèvements anarchistes et à cause des Nationalistes qui éliminaient régulièrement ses hommes.

  

(Photo en 1939)

 

 

(Carte professionnelle d'identité du "Corps de Sécurité civil ou en uniforme" de la République Espagnole en exil - 1946)

Tout d'abord, le nouveau "Garde mobile républicain" fut envoyé à Valencia pour l'habillement et pour y percevoir son équipement. Puis, il fut orienté vers un camp d'entraînement, de ces forces spéciales, près de la plage de Benicassim (Castellon). Le but était de former rapidement des gardes pour compléter les compagnies ayant subi trop de pertes. A la fin du stage d'entraînement sanctionné par un certificat (Cf. doc suivant), deux compagnies furent formées.

 

(Certificat de prestation de serment)

 

 Deux de ses camarades - avec qui il avait sympathisé - furent affectés dans une compagnie et lui dans une autre. Mais comme il désirait être de la même compagnie que ses camarades, il en profita pour changer de groupe et de se faufiler dans l'autre. Le capitaine compta la première compagnie et s'aperçut qu'il manquait un gars tandis que dans l'autre s'en trouvait un de trop. Le capitaine choisit alors un d'eux au hasard de la compagnie en surnombre pour en équilibrer l'autre.

Finalement, une compagnie devait partir à Barcelone et l'autre sur le front à Madrid. Malheureusement le sort s'acharnait contre Evariste ; il était dans cette dernière, il appartenait à la 135ème compagnie et au 34ème groupe des guardias de asalto. C'était un retour contraint vers l'enfer. Il repartirait donc sous peu pour Madrid ! N'ayant plus rien à y perdre, il se rendit au bureau du capitaine, avec ses deux camarades, pour essayer de permuter avec d'autres gars de la compagnie qui partait à Barcelone. Il protesta du fait qu'il venait déjà de Madrid quand il avait été dans l'armée et prétextait qu'il y avait déjà fait son temps. Le capitaine refusa.

Alors, les deux compagnies partirent dans un premier temps pour Barcelone ; Evariste y resta deux jours car un soulèvement d'anarchistes avait lieu en Aragon (mais leur troupe ne le savait pas).

Sur place, leur capitaine demanda des volontaires pour une mission (pour partir " mater la révolte "), en renfort d'autres compagnies (stationnées là-bas). Six ou sept hommes étaient demandés ; pour lui et ses amis, c'était une occasion risquée à ne pas manquer car c'était soit Madrid soit ailleurs. Et puis, l'Aragon ne subissait qu'un soulèvement. Ce n'était pas encore le front. Il se porta donc volontaire avec ses camarades pour cette mission. Mais ils ne connurent bien qu’après le but de leur mission une fois les six volontaires obtenus.

Pendant six mois, ils restèrent là-bas. Ils furent affectés aux postes de gardes routes où ils effectuaient des contrôles d'identité. C'était à Binefar. Une gare se trouvait en ce lieu où se situait un dépôt d'huile d'olive (opportunité pour eux car le pays, avec la guerre, en manquait). Il fut désigné comme cuisinier de son unité. Il était d'ailleurs le seul à savoir bien cuisiner. L'huile réquisitionnée était donc utilisée. Le matin, il allait chercher du lait dans une ferme aux environs pour le café au lait de ses camarades et il faisait frire des tranches de pain de la veille dans de l'huile en guise de " pain perdu ".

Dans un petit village du nord de l'Aragon, à la frontière, la plupart de la compagnie avait été logé chez l'habitant. Un policier devait être logé chez une vieille dame qui ne savait parler que son patois aragonais (à connotation catalane) et le dialogue instauré avec les sous-officiers en castillan devint vite incompréhensible pour la vieille femme qui ne comprenait que quelques bribes. Les sous-officiers durent faire appel à Evariste qui maîtrisait les deux dialectes. Au tout début, la vieille dame s'affola lorsqu'un des policiers lui demanda une chambre pour dormir la nuit " Una cama ", mot qui signifie " chambre " en castillan mais malencontreusement signifie en catalan " jambe ".

 Et pour la vieille femme, il était hors de question de se faire trucider par ces policiers qui voulaient lui manger une jambe ! Bref, Evariste, rassurant l'autochtone, lui expliqua que c'était une chambre pour dormir la nuit que lui demandait le policier.

 

 

(Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Espagne_guerre_nove.png)

Par la suite, les guardias de asalto de Catalogne manquaient d'effectif pour assurer le maintien de l'ordre à Barcelone. Avec ses amis, ils se portèrent encore volontaires pour les renforcer. Quelques gardes nationaux prit en priorité vinrent grossir les rangs. Après les six premiers mois de 1938, l'Aragon tomba aux mains des " rebelles " ; la Catalogne était de fait isolée de la nouvelle Castille, d'une partie de l'Andalousie et de Madrid toujours républicaine mais l'étau se resserrait. Quand à la côte Est, celle-ci était menacée par les marines allemande d’Hitler et italienne de Mussolini. Autant dire que la situation devenait de plus en plus critique voire intenable pour la jeune république Espagnole.

Le temps jouait donc en sa défaveur. Evariste fut muté comme garde à la prison d'arrêt de Barcelone ; il n'y resta pas longtemps quant un camarade vint le chercher pour lui dire que les Franquistes étaient aux portes de la ville et qu'il fallait vite partir. Tous deux réveillèrent en hâte un autre gardien qui possédait un véhicule dans le but de les mener à Figueiras dans la journée. L'homme, contraint, les laissa sur place et s'en retourna. Là-bas, un colonel d'armée les força à venir grossir ses rangs pour défendre Barcelone. Ils refusèrent.

Stationnés à Matéo, près de Figueiras, avec d'autres guardias de asaltos, ils entendaient les Franquistes se rapprocher et sur le point d'assiéger la localité ; l'ennemi était en nombre supérieur, le régiment ne pouvait tenir à lui tout seul une place contre toute une armée de Franquiste armée jusqu'aux dents et exaltée.

Il décida alors de quitter, comme bon nombre de républicains - conscient de la fin très proche de la guerre - son régiment pour sauver sa vie : " Se battre oui ! Mais sans munitions... Non ! "; il décida donc de sauver sa peau et de s'enfuir - terré avec son camarade à travers un champ de blé - alors que les Franquistes encerclaient Matéo.

Sans aucune surprise, le régiment républicain tomba. Les survivants, s'ils n'avaient pas eu la chance d'être tués au combat, étaient passés immédiatement par les armes...

Evariste se souvenait bien aussi que pendant les jours qui ont précédé la débâcle à Barcelone ; une de ses connaissances, un " gros monsieur " - par désespoir et en tout état de cause, de son air le plus bonasse - prit d'un acte irréfléchi entra en uniforme et armé dans la première banque qui se trouvait sur son chemin pour la dévaliser en se faisant remettre un sac de billets ! D'après Evariste, celui-ci l'aurait enterré pendant plusieurs jours sur une plage le temps de se faire oublier et cette connaissance de " se reconvertir à la vie civile " puis de rentrer avec cette mane au village sans en être inquiété. Choix qu'avait aussi fait le frère d'Evariste, Daniel, en quittant ses activités de résistance au sein du "Comité exécutif populaire" et de rester au village même auprès de ses parents, sa femme et ses enfants mais à la seule différence... qu'il y resta les poches vides et fut dénoncé par un Franquiste. Il fut arrêté, fusillé le 16 mai 1941 à Paterna (Valencia) après avoir été emprisonné pendant deux ans puis condamné à mort.

 

 

Pour Evariste, il ne lui restait plus que comme unique solution de traverser la frontière pour rejoindre la France. Bon nombre de troupes républicaines sillonnait les routes vers la France. L'exode s'accélérait. Ils les rejoignit avec ses trois camarades de fortune : un sergent (clown de vocation) et deux autres madrilins. Il était le seul valencian avec eux et auparavant lorsqu'ils furent à Barcelone, il leur servait souvent d'interprète entre les castillans et les catalans.

Sur le chemin de l'exode, il découvrit même une caisse entière de bouteilles de lait qu'il s'empressa de charger aussitôt sur ses épaules. Ses camarades se moquaient de lui en lui répétant qu'en France, du lait, il en aurait autant qu'il le voudrait ; mais il les laissa rire car après tout la France, il ne la connaissait pas et durant cette guerre, il avait appris à se débrouiller de par lui-même.

 

(Certificat de position en 1939)

 

III - L'EXIL EN FRANCE ET L'INTERNEMENT (1939-1942)

 

 

(Evariste Castells-Arandiga lors de la "Retirada" avec ses camarades espagnols et brigadistes)

 

Fin janvier 1939, ils franchirent le col de Portbou/Cerbère (66). Peut être ont-il fait le choix de celui-ci car plus à l’écart, moins engorgé et moins exposées aux bombardements des Nationalistes que celui du Perthus. Ils seront 465.000 exilés, fin mars 1939, à prendre part à " la Retirada ". Les Français n'osaient sortir de chez eux et les regardaient de derrière leurs fenêtres tous étrangement comme s'ils étaient des bêtes. Les gens avaient peur d'eux car on leur avait dit que les Républicains espagnols étaient des " Rouges " (car ils étaient aidés en partie par les Soviétiques) dans le sens péjoratif du terme et qu'ils avaient une " queue comme les chiens ", bref... c'étaient des animaux, des diables !

A force de marche, ils arrivèrent tous à Argelès/mer où ils cantonnaient en bon nombre sur le bord de la plage ; là, tous les objets rappelant la République espagnole étaient brûlés y compris les billets de banque qui n'avaient plus aucune valeur ici et qui étaient les réserves en numéraire des Républicains de Catalogne ; ils étaient brûlés par poignée... Les ravitaillements leur manquaient. La gendarmerie française s'occupait d'eux pour les interner dans les camps et leur retirer leurs armes. Eux attendaient leur internement. Quant à Evariste, il ne lui restait plus que sa caisse de lait qu'il partagea avec ses camarades. Il ria tout seul d'eux car la France, que tous s'imaginaient généreuse, ne les accueillait pas réellement comme ils le pensaient.

 

(Evariste, en haut à gauche, réfugié avec ses camarades au camp d'Argelès/Mer)

 

Puis, ils furent internés en partie dans un camp d’internement près d'Argelès/Mer à Saint-Cyprien. Ils survivaient en vendant leurs biens personnels pour réaliser de petits profits. L'achat et la vente de ces objets et l'argent gagné leur permettaient d'améliorer leur confort. Une partie était toujours gardée pour acheter et l'autre dépensée pour consommer de la charcuterie et autres.



(Evariste Castells se trouve le premier en haut à droite rangée du haut. A sa droite se tient M. Zaldivar)

Evariste fut ensuite dirigé vers un camp d’internement spécialisé à Agde. Dans celui-ci leur était permis d'effectuer des petits travaux pour se constituer un petit pécule qui leur permettrait par la suite de s'insérer dans leur nouvelle vie française. Avec eux était interné le fils du Président de la République espagnole - le président Niceto Alcala Zamora à la tête de la présidence de la république et du gouvernement provisoire aux élections du 11 avril 1931 (jusqu'à mai 1936). Ce garçon fit jouer de l'importance de son père installé depuis 1936 en France auprès des autorités françaises pour sortir au plus vite du camp.

Les autorités lui firent part que lui et tous ceux qui désiraient travailler (dans un nombre très limité !) seraient embauchés en tant que vendangeurs chez de gros exploitants agricoles de la région. Evariste et certains de ses camarades se portèrent volontaires pour travailler la journée. Le soir, ils réintégraient le camp ; ils étaient " exploités " mais bien traités. Ils ne touchaient que 10 Frs de l'époque sur le salaire minimum qui était accordé à un salarié français ; le reste, c'était pour l'Etat... de Vichy.

Ces économies faites, ils continuaient à acheter le nécessaire pour améliorer son quotidien (pantoufles, charcuterie etc.). Parfois, il devait cacher le fruit de ses achats car certains gendarmes - peu scrupuleux - le leur confisquaient. Leurs employeurs étaient contents d'eux et de leur travail et les plus gros travailleurs devaient décrocher bientôt un emploi à plein temps chez certains de ces derniers. Evariste était parmi ceux-là. Deux exploitants agricoles s'intéressaient à son cas. L'un venait de Perpignan et l'autre était d'Agde. Il accepta de travailler (pendant presque trois ans) pour le plus offrant, il resta donc à Agde.

IV- LA DEPORTATION (1942-1943)

Alors que la France a vu sa défaite contre l'Allemagne nazie en juin 1940, confirmée par l'armistice humiliant du 22 juin à Montoire. La France est occupée au Nord par l'ennemi, divisée en deux et est laissée sous la tutelle du gouvernement de collaboration de Vichy et du Maréchal Pétain pour sa zone Sud.

(Septembre 1941 : Evariste, Yves et Marthe)

En hiver 1942, son patron lui demanda de quitter son exploitation car les Allemands venaient d'envahir la zone Sud de la France. Il finit par être interpellé par la Gestapo et étant donné qu'il était Espagnol, les Allemands lui laissèrent le choix entre travailler pour eux dans les chantiers navals des bases sous-marines à Lorient avec des Français et d'autres réfugiés politiques Espagnols ou bien de se faire " raccompagner " par eux jusqu'à la frontière espagnole et de se faire " remettre " aux autorités Franquistes ; ce qui le menait tout droit au poteau d'exécution. Il opta en toute logique pour le premier choix.

 

Il fut interné dans un camp avec des compatriotes espagnols à Montpellier (34). Puis il devint travailleur forcé, malgré lui, dans le cadre du " S.T.O. " dans les " Groupements de Travailleurs Etrangers ", passés sous contrôle Allemand. Ils sont 26.000 entre 1942 et 1943 dans ce cas-là. La déportation commença vers la Bretagne. Il fut orienté vers un camp semi-disciplinaire à Lorient (56) pour y construire des blockhaus.

 

Il y dormait dans un baraquement de 40 à 45 lits. Puis il s'y fît faire de faux-papiers d'identité. En effet, Evariste demanda par lettre à la patronne d'un bar qui se tenait droite devant eux sur la rue, pour lui et ses amis, se rendant du camp d'internement au lieu de leur travail tous les jours, escorté des allemands, de leur procurer de fausses cartes d'identité à leurs vrais noms. Avec le temps et par ouïe dire il avait su qu'elle n'aimait pas les allemands et qu'elle était en relation avec des Résistants. Certains soirs, les allemands " accompagnaient " les espagnols en ville, pendant quelques heures, pour se divertir dans le bistro de cette dame. Ils avaient tous l'habitude de se rendre à ce bar de la ville. Il sympathisa bien vite alors avec cette patronne du bistro et il lui demanda à l’occasion de se produire chez elle les soirées en chantant devant " ses " clients. Et ce, si en échange elle lui donnait à manger à lui et ses cinq camarades, des " amis du pays, l'Espagne " car les allemands les nourrissaient, il fallait le dire, assez mal.

 

V- L'EVASION (1943)

 

Ils chantaient donc les soirées. Les travailleurs du camp l'écoutaient ainsi que les officiers allemands. Puis, vint le temps de se faire la " Belle ". Il planifiait pour cela avec ses camarades de jeter par-dessus l'enceinte du camp leurs affaires et autres valises afin que ces dernières s'échouent en contrebas de la route. Mais pour cela, il leur fallait une certaine complicité et bien plus encore. De son côté la patronne du café profita un matin devant son bistro d'apercevoir Evariste et ses congénères se rendre, toujours accompagnés de leurs allemands, au chantier pour lui remettre un pli comme quoi les papiers étaient prêts. Et un soir, au bar, il sollicita donc l'aide de la patronne pour faire récupérer leurs effets près du camp. Tout fut orchestré de sorte qu'ils n'avaient plus qu'à se rendre le soir au bistro pour commencer leur évasion. Il chanta une dernière fois devant son modeste public et se retira de la salle pour se vêtir civilement et plus décemment et ainsi fuir avec ses cinq amis munis de leurs faux-papiers. La cavale s'en suit. Fin décembre 1943, ils prirent donc le train à Nantes (44) jusqu'à Bordeaux (33).

 

Au cours du trajet, un soldat allemand de la feldgendarmerie effectuait les contrôles d'identité dans tous les compartiments. Quand il arriva à hauteur du leur, il leur demanda leur papier d'identité. Evariste fit semblant de dormir à l'approche de l'allemand et de ses acolytes. Ce n'est pas l'envie de dormir qui le gagnait mais celle de se faire oublier pour mieux dissimuler sa crainte au sujet de leurs faux-papiers. Pour les documents de ses camarades, le policier ne vit que du feu puis dans un français excellent, il attrapa le bras d'Evariste afin de le secouer pour le réveiller.

 

Feignant la surprise d'un réveillé, il chercha ses papiers et le lui montra. L'allemand observait paisiblement les documents et Evariste ; puis tout en le regardant attentivement l'allemand lui demanda : " Pourquoi quittez-vous Nantes ? ". Evariste lui répondit par un mensonge qu'il était marié, qu'il avait trois enfants et que vu son bon comportement au camp ; il avait été affecté à Marseille (13) pour se rapprocher de sa famille. De plus, comme il allait travailler pour " l'organisation Todt " en méditerranée, il serait bien plus payé. L'allemand avala ses couleuvres et continua plus loin vers d'autres compartiments pour effectuer ses contrôles.

 

VI - LA PROVENCE, TERRE D'ACCUEIL (1944)

(Evariste est assis, au centre, au premier plan. A sa droite et allongé son camarade Gaspard qui émigre en Argentine après 1945 et en haut et le troisième prisonnier en partant de la gauche et à la gauche du soldat allemand, Ribes, parrain de Danielle, fille d'Evariste et ami de ce dernier)

Ils finirent tous par arriver à Aix-en-Provence, début 1944, où ils "travaillèrent", comme otages, pour les allemands au déchargement des marchandises (ancienne gare routière). Ici, bon nombre de civils de la ville y travaillait aussi. Non pas pour le salaire qu'ils gagnaient car il représentait une misère ; mais plus pour chaparder et se partager les marchandises qui y transitaient. Evariste et ses amis y restèrent jusqu'à la libération de la ville par les Américains en août 1944.


La vie au quotidien était souvent difficile et les relations étaient parfois tendues avec certains Aixois. Pour cause, il était plus facile de piller certaines quantités de marchandises que les allemands ne faisaient pas payer aux espagnols (lorsque l'on était espagnol et que l'on travaillait pour eux) que si l'on était français et que l'on appartenait à la " compagnie franche française ". Car le traitement était différent et la tentation plus grande pour le français au sein de cette compagnie. Evariste n'avait pas hésité en 1944 à faire valoir ses droits par le consulat d'Espagne à Marseille afin de ne plus servir l'occupant contre sa volonté.

Quoiqu'il en soit, ici, les espagnols étaient des travailleurs contre leur gré. mais ils avaient plus de considération de la part de leurs geôliers qui les savaient apatrides et pour cette raison plus dociles. Ici tout était sous le contrôle de l'armée allemande et de sa police. Seul le chef de gare était un français... flanqué d'un allemand.

Un jour, alors que des camarades espagnols d'Evariste avaient volé des marchandises aux allemands ; le fils d'un docteur de la ville, travaillant à la gare et pour la compagnie franche, soupçonna ces derniers et les accusa de vol devant les gardes allemands. Excédé de voir "le collaborateur" se faire la main sur les espagnols plutôt que de fermer les yeux sur leurs actes , un ami d'Evariste " Ribe " s'approcha du délateur et le saisit violemment par les testicules en lui demandant : " Alors ? Les espagnols ont volé quoi ? ". L'autre se retenant tout en grommelant, Ribe se fit un peu plus convaincant et l'accusateur lança sous la douleur : " C'est nous ! C'est nous ! ". Pourtant le chapardage était monnaie courante chez tout le monde et même Evariste lorsqu’il transportait un sac de farine ou de sucre avait pour habitude de crever le sac par le fond et à un coin d'y attacher une ficelle avec un nœud coulissant. Ce qui lui permettait de temps en temps de libérer la marchandise à l'intérieur de ses poches.

 

Les jours passés et avec le temps, Evariste et ses amis avaient remarqué que les allemands entreposaient des sacs de provisions dans un bâtiment au bas du Cours Mirabeau. Afin de convoiter les dites marchandises, Evariste s'était attiré l'attention et la sympathie d'un garde allemand. Le pauvre bougre, anti-nazi convaincu, n'était pas apprécié par ses supérieurs pour diverses raisons. Notamment car il était le fils d'un noble allemand, un comte, et en plus car celui-ci à la moindre occasion, par charité chrtienne, aidait les gens qui étaient affamés en leur donnant quelques victuailles. Alors Evariste allait le voir avec un ami lorsque les semaines étaient difficiles pour lui demander de lui donner à lui et à ses camarades un gros sac de pomme de terre. L'allemand acceptait bon gré avec quelques risques de lui rendre ce service si en échange, Evariste acceptait de lui chanter un air espagnol. Mais comme Evariste avait une grande voix, l'allemand le suppliait toujours de chanter moins fort pour ne pas attirer la foudre de ses chefs. Parfois quelques mots étaient échangés entre eux, sur les malheurs de la guerre : " Hitler Kapout ! Hitler Kapout ! Ruski ! Ruski ! ". L'allemand donnait alors à Evariste et à un de ses comparses deux gros sacs de pomme de terre. Ils se remerciaient mutuellement puis Evariste et son ami remontaient le Cours Mirabeau jusqu'à la rue d'Italie et là où Evariste habitait pour y stocker leur trésor de guerre.

 

VII - LE DEBARQUEMENT EN PROVENCE, LA LIBERATION D'AIX (août 1944)

 

Vint enfin le temps de la libération, le débarquement américain en Provence et la débâcle allemande dans le pays Aixois. Proche de leur domicile, rue d’Italie, et assis sur les marches du pas de leur porte, des Aixois(e)s palabraient avec Evariste, lorsqu'un jeune soldat allemand, en guenille sans chaussures et les pieds meurtris, vint à leur hauteur. Un des voisins le plaignant de ses souffrances et vu son jeune âge invita le pauvre gamin à déposer son arme et à aller se rendre aux américains. Sous la colère le môme saisit alors son fusil et les menaça. Pris de peur toutes les personnes présentes dans la rue s'empressèrent de quitter les lieux et de regagner leur domicile.

En haut du Cours Mirabeau, au " Bar Forbin ", Evariste fut un des premiers avec deux de ses camarades à voir entrer dans la ville l'avant-garde Américaine. Ils furent aussi les premiers à leur donner les renseignements qu’ils souhaitaient entendre et pour cause, la plupart des soldats américains arrivés en premier étaient des Porto-Ricains et les échanges verbaux se faisaient en Espagnol. L’engouement, grâce aux Américains, dans la ville firent beaucoup d’émules qui se découvrirent une âme de résistants et de guerilleros. Ces derniers venaient donc forcer la main aux hommes assis aux terrasses des cafés pour prendre les armes contre l’occupant. Evariste fut même interpellé par l’un d’eux et lui ne se démonta pas et lui rétorqua : " Toi, il a fallu que tu attendes que les Américains soient là pour faire de la résistance et moi, j’ai dû résister depuis huit ans aux fascistes… Ne t’en fais pas les Américains savent très bien ce qu’ils ont à faire et se passeront de moi ! ".

 

 

Evariste et ses amis localisèrent des marchandises qui avaient été entreposées en hâte par les allemands dans le bâtiment qui abrite l'actuel " Bar du Roi René ". Ils firent donc un raid sur ces denrées profitant de la débâcle teutonne. Ils stockèrent de la nourriture et d'autres marchandises qu'il tint caché dans les plafonds de son habitat car la police française, au lendemain de la libération, perquisitionnait chez les particuliers, traquant ceux qui faisaient du marché noir.

Pour Evariste, ce type de pratique n'était pas son pain quotidien (il avait trouvé par la suite un travail de bûcheron) puisque c'étaient ses " provisions particulières ". L'habitude de stocker et la peur de manquer à la suite de la retraite d'Espagne à la frontière française l'avait déjà incité à transporter à dos d'homme sur plusieurs kilomètres une caisse de bouteilles de lait trouvée. Mais là, les stocks pouvaient effectivement rendre interrogateur et suspicieux la police. Bref, le peu de biens précieux devait être dissimulé même chez soi afin d'éviter tout malentendu.

 

Les Américains supplantèrent les allemands dans la ville et petit à petit la cité était approvisionnée. Il était donc facile avec un petit salaire de s'acheter, une tablette de chocolat, du tabac ou autres produits pour améliorer le quotidien. Avec le temps, certains américains s'étaient attirés une vile réputation auprès de la population locale. En effet, ces derniers n'étaient pas tous des enfants de Choeur. Ils vendaient fréquemment des marchandises volées dans leur propre campement et faisaient du commerce avec les français.


Un jour, au détour d'une rue, un soldat américain avait vendu à une femme et à son enfant une tablette de chocolat et quelques minutes plus tard, le même individu - attiché d'un brassard des " MP " - interceptait la même personne et son enfant pour lui soustraire la tablette vendue peu auparavant. Mais l'appât du gain suscita aussi des vocations chez certains français. Un français fut retrouvé mort, tué par un soldat américain, après avoir essayé de lui vendre de l'alcool à 90° en guise de " Schnapps ". Il fallait avouer que l'américain dans ce domaine était assez dur à berner. Et pourtant, c'est ce que fit aussi Evariste connaissant le manège que faisait les américains avec leur brassard de la police militaire. Il décida alors de se ravitailler dans une coopérative vinicole en alcool à 90°. l'alcool coupé à l'eau donnait une base à 40-45°, la base transvasée dans une vieille bouteille d'armagnac authentique et vide additionnée de deux cuillers à café donnait une robe bien imitée. Les effluves d'ancien armagnac venaient ainsi réconforter l'acquéreur.

 

(Gaspard, Ribe et Evariste après la guerre sur le cour Mirabeau à Aix - 13)

 

Qu'en était-il de ses idéaux à la Libération en France ?

A la fin de la guerre, Evariste Castells-Arandiga appartenait toujours au groupement professionnel du corps de sécurité civil espagnol et en uniforme. Il détenait toujours sa carte qui tenait lieu aussi de pièce d'identité de " réfugié politique " (carte annuelle établie en France) et prouvait sa nationalité espagnole et son appartenance au corps des gardes d'assaut républicains espagnols. En retour, comme il le disait ; il restait à disposition du gouvernement de la République Espagnole en exil en vue d'un rétablissement de l'autorité en Espagne. Mais la réalité lui fit vite oubliée ses espoirs. Les exilés républicains comme lui espéraient qu'au-delà de la chute du nazisme, la libération de la France contribuerait à la " reconquête " (Reconquista) de leur pays.

Tout ne fut pas si négatif dans cet exil français puisque cette même année, en 1944, il rencontra Henriette MILLE, fille d'un boulanger d'Aix-en-Provence. Ils se marièrent après la guerre, le 29 août 1946. Puis comme nombreux exilés, il continua sa vie sur sa nouvelle terre d'accueil et fut naturalisé français.

 

 

A la mort de ses parents, il ne put revenir au pays pour leurs obsèques et c'est sa soeur Sabine qui s'en occupa. il lui laissa sa part d'héritage qui devait lui revenir. Il put revenir pour la première fois en Espagne en 1969 en tant que citoyen français.

De son vivant, il a été un fervent adepte de la république espagnole, défenseur de ces idéaux, antifranquiste, anticlérical (politiquement) et socialiste convaincu au P.S.O.E. depuis le 14 août 1934.

 

Ce qui le détermina à entrer, pendant la guerre le 11 septembre 1937, avec conviction dans le corps des " guardia de asalto " pour le bienfait de la république. Idéaux qu'il défendit tout autant et qu'il admira avec la France de la Révolution (1789) et de la Libération (1944 à aujourd’hui). Il repose aujourd'hui à Lambesc (13), en France, depuis le 7 novembre 2005, et là où il souhaitait être inhumé.

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